Vue troublée – chap.5

Vue troublée – chap.5

La vérité

La fillette resta éveillée, jusqu’à ce que soudain, sa mère vienne la chercher dans son lit, et ne la réveille. Eli ne comprenait plus rien. Que se passait-il ? Il fallait qu’elle comprenne ce qui lui arrivait pour y mettre fin. Pour lors, elle se devait de ne pas montrer sa peur envers sa mère, qui était devenue aussi effrayante que diabolique la veille.

Eli, fit un sourire gêné à Sabrina, qui ne remarqua pas le malaise de sa fille, avant de sortir de son lit. C’était très dur pour elle de faire comme si rien ne s’était passé. Sa plus grande peur était que tout cela recommence, et que ça ne s’arrête jamais.

Cette fois-ci, Elisabeth retourna à l’école. Après presque une semaine d’absence, il fallait bien qu’elle y retourne, même si cela lui coûtait beaucoup.

Elle n’avait pas envie de faire ce que sa maîtresse lui disait et ce fut très dur pour elle de suivre ses cours. Elle faisait tout de travers et sa maîtresse vint lui demander ce qu’il se passait. Eli était toujours si sérieuse d’habitude, toujours si joyeuse. 

La professeure lui demanda si elle voulait rentrer chez elle, mais Eli répondit aussitôt par la négative. Elle ne voulait surtout pas revivre son cauchemar en étant chez elle. Mais la maîtresse insista et appela sa mère pour qu’elle vienne la chercher. 

Lorsque Sabrina arriva, la fillette était prostrée contre un mur sur un banc devant sa classe. Elle appréhendait ce qui allait se produire une fois rentrée.

Mais dans la voiture, tout se passa bien et la mère d’Eli ne fit rien d’étrange.

Une fois arrivées chez elles, mère et fille s’assirent pour discuter de l’état d’Elisabeth, qui inquiétait sa mère. Mais la jeune fille ne parlait pas. Elle ne voulait pas avouer à sa mère tout ce qu’elle avait subi, et encore moins la revoir se transformer comme elle l’avait fait la fois dernière. Sabrina posa alors sa tête sur sa main, le coude sur la table et observa sa fille. 

Après lui avoir fait un bon repas, elle l’envoya dans sa chambre pour se reposer. Mais Eli refusant, sa mère l’autorisa à dormir dans le canapé, près d’elle. 

Sabrina avait dû prendre son après-midi au travail et elle en profita pour trier quelques papiers et se reposer. Mais la fillette commença rapidement à grelotter et à parler dans son sommeil. Sabrina ne comprenait pas ce qu’il se passait et commençait à être inquiète à propos de sa fille. Elle prit alors un rendez-vous chez le médecin pour vérifier que sa fille n’avait pas de problème de santé. 

Eli se réveilla de manière tout à fait normale, ne se rappelant pas des rêves qu’elle avait fait durant sa sieste. Elle alluma la télévision, et commença à regarder un film qu’elle avait commencé avec sa mère quelques jours plus tôt. Mais rapidement, les choses commencèrent à mal tourner. En effet, Sabrina, qui était partie dans sa chambre pour faire un peu de rangement, faisait dès lors des bruits étranges que la jeune fille ne parvenait pas à identifier. Eli se leva alors, et se rapprocha doucement de la chambre de sa mère afin de mieux comprendre ce qu’il se passait. 

Une fois arrivée devant la porte de la chambre, la petite fille entendit sa mère discuter avec quelqu’un. Elisabeth tendit l’oreille et parvint à identifier une voix gutturale,presque animale.

Avec qui sa mère pouvait-elle bien parler ?

Eli entrouvrit la porte doucement, mais Sabrina l’entendit et se retourna d’un seul coup, une expression différente de d’habitude sur le visage. Mais la jeune fille se risque à lui demander avec qui elle discutait quelques minutes avant. Mais sa mère ne répondit pas. A la place, elle se leva lentement et s’approcha, ne quittant pas sa fille des yeux. 

Ce qu’elle dit alors glaça le sang d’Eli : 

  • Jamais tu ne t’en débarrasseras. A moins d’agir pour cela.

Eli ne répondit pas, figée sur place. Mais soudain les yeux de sa mère reprirent toute leur vitalité et elle demanda à Eli si elle se sentait mieux, comme si rien ne s’était passé.

Alors, la fillette entreprit de parler à sa mère. Elle voulait comprendre. Elle lui demanda si elle se souvenait de quelque chose d’étrange qui se serait passé la veille. Mais immédiatement, sa mère changea de visage et reprit sa voix rauque et angoissante. Mais aucun mot ne sortit de sa bouche, seulement des râles et autres sons inintelligibles. 

Sabrina, dans un élan de lucidité, tenta de dire quelque chose à sa fille. Mais Eli sentit qu’elle était bloquée par quelque chose. Comme si deux personnes se partageaient le même corps. Sabrina luttait contre elle-même, la fillette en était sûre. Puis sa mère parvint enfin à prononcer un mot : 

  • Aide…

Des larmes jaillirent des yeux de la fillette, qui se sentit immédiatement prise au piège, complètement seule en proie à toutes ces créatures étranges.

Une fois sortie de la chambre de sa mère, Eli prit une grande inspiration et entreprit de trouver le moyen d’aider sa mère. Elle ne savait pas par où commencer mais elle se dit que la réponse devait se trouver quelque part. Il le fallait.

Sur le chemin de sa chambre, Eli se souvint que sa mère adorait un galet que la petite fille avait peint et lui avait offert lors de la fête des mères lorsqu’elle était plus jeune. Elle se mit en quête de trouver l’objet en question et de le ramener à sa mère, qui pourrait peut-être se souvenir de qui elle était réellement.

Après avoir retourné toute la maison, la fillette trouva le galet dans le salon, devant un cadre contenant une photo d’elle bébé. Elle prit alors la photo et la pierre et repartit voir Sabrina. Lorsqu’elle entra de nouveau dans la chambre, Elisabeth tendit à sa mère les deux objets et entreprit de lui raconter ses souvenirs d’enfance. La mère d’Eli regarda sa fille et retrouva un regard apaisé. Celui qu’elle arborait d’habitude. La jeune fille, rassurée, tenta de parler à sa mère, cette fois en prenant le plus de précautions possible. Sabrina écouta sa fille attentivement. Elle la prit immédiatement au sérieux et décida de chasser elle-même la créature qui avait élu domicile dans son esprit. Elle savait qu’une fois que le monstre aurait repris le dessus, il serait trop tard. Alors elle s’activa. Sabrina alla chercher de quoi se faire une infusion que sa grand-mère lui avait apprise pour chasser les mauvaises ondes. Elle la prépara, et pendant ce temps, Eli s’occupait d’allumer des bougies.

Une fois tout le rituel préparé, les deux filles s’installèrent dans le salon et commencèrent à demander à la chose qui avait pris possession de Sabrina de partir et de les laisser tranquilles. 

Mais rien ne se produisit. 

Jusqu’au moment où, d’un seul coup, la mère d’Eli se mit à convulser. Sans aucun son. Juste son corps s’agitant sur le sol froid. Elisabeth, complètement paniquée à l’idée qu’il puisse arriver quelque chose à sa mère se mit à crier le mot “maman”, la secouant pour tenter de la ramener à la réalité. Mais Sabrina était partie bien trop loin pour l’entendre. La seule chose qu’elle pouvait distinguer était la voix de ce qui avait apparemment pris possession de son esprit. La chose qui donnait des cauchemars à sa fille et qui se permettait de jouer avec elles deux.

Cette chose se jouait de Sabrina et de sa fille depuis bien trop longtemps maintenant, et la fillette n’en pouvait plus. Elle prit alors son courage à deux mains et se rua sur sa mère, criant de toutes ses forces au démon de partir. Et cette fois-ci, cela fonctionna. La mère d’Eli se mit à vomir une substance noiratre, puis s’effondra sur le sol. Eli lui caressa les cheveux, fredonnant une berceuse que sa mère lui chantait lorsqu’elle était petite, et Sabrina se réveilla, encore sonnée de ce qui venait de se produire.

Lorsque sa mère fut remise, Elisabeth et elle se mirent à faire le tri dans la maison de tous les objets anciens dont elles disposaient et qui, selon elles, auraient pu ramener le démon jusqu’à elles. La fillette du alors en outre se séparer de ses peluches, cadeaux de sa grand-mère à Sabrina, transmis depuis plusieurs générations. Certains miroirs et autres bibelots furent jetés à la poubelle, dans le doute.

Plusieurs semaines plus tard, mère et fille furent soulagées de voir que plus rien d’étrange ne leur arriva.

Sauf ce soir-là, lorsqu’Eli se réveilla, aveugle.

FIN


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